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L’ELEVAGE EN ETAT D'URGENCE:

C’est un des feuilletons de l’été dont on se serait bien passé, mais dont la diffusion était inévitable tant un malaise profond existe et dure depuis longtemps, mais tant aussi ce mouvement est parfois orchestré.

Personne n’a pu y échapper, soit qu’il fut pris dans les nombreuses manifestations, cris de détresse du monde agricole ou manipulations machiavéliques d’une dérive politicienne; soit qu’il est touché de près ou de loin par cela ; ou encore, et tout simplement, qu’il ait allumé la télévision, la radio ou lu le journal.

La crise aux multiples angles, et très complexe, que traverse le monde agricole ne peut se traduire en quelques lignes. Nous allons essayer de mettre en évidence les raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés là, la situation telle qu’elle est et des pistes d’évolution.

L’avenir incertain de la filière laitière :

Il y a un tassement des cours du lait après 2 années successives de fortes hausses en 2013 et 2014. Il en résulte que le prix du lait est encore correct et que l’évolution sur les 3 dernières années traduit une certaine stabilité.

Par ailleurs, cette période de l’année a toujours été sujette à une fluctuation des cours.

Toutefois un signal d’alerte est tiré avec la sortie des quotas laitiers, sous la coprésidence européenne de Nicolas Sarkozy en 2008. Ces quotas avaient été instaurés en 1984 et la droite avait déjà stigmatisé la gauche d’avoir laissé tomber les éleveurs laitiers.

Pour amortir l’impact de cet arrêt des quotas, les éleveurs ont « anticipé » et beaucoup investi dans du matériel en s’endettant lourdement, afin d’amoindrir leurs revenus, dans l’objectif de réduire leurs impositions et leurs cotisations sociales.

Autre signe d’inquiétude réelle sur l’avenir, la tension du marché des céréaliers qui a un réel impact sur le coût de l’alimentation pour le bétail. Les charges de production des élevages ont augmenté rapidement, réduisant d’autant la capacité des éleveurs à supporter les aléas du marché.

Ce secteur qui n’avait pas connu encore de véritable crise, essuie les plâtres, ils ne se sont jamais donc véritablement remis en cause et même si un retour à la normale est possible, certains risquent d’y laisser leur peau. Pas nécessairement les plus petites exploitations, mais ceux qui n’ont pas géré comme il le fallait et investi dans la bonne dynamique.

Une crise bovine qui intervient au pire moment :

La crise de la filière bovine, intervient au pire des moments, juste après une réforme de la PAC qui ne favorise pas les éleveurs de l’Ouest et se traduit par une légère baisse des cotations, même si celles-ci restent supérieures à celles enregistrées, il y a 4 ou 5 ans. Cette inflexion, malheureusement, accompagne des revenus qui ont toujours été faibles, et renforcent un sentiment d’abandon et de persécution, se traduisant par le renoncement de certains d’entre eux.

La crise qui impacte la filière bovine, est renforcée par une diminution de la consommation de ses produits. Et ce lié à plusieurs facteurs, son prix à l’achat, la baisse de l’image de marque de la production suite aux enquêtes sur ses effets nutritionnels et les conséquences sur la santé d’une consommation excessive de cette viande. Par ailleurs, une diminution graduelle de nos exportations sur des marchés jusque-là porteurs (Grèce, Italie, Maghreb, Turquie), ne permet plus de maintenir le marché. Enfin, des erreurs stratégiques, comme la vente de SOCOPA au groupe Bigard, ont aussi contribué à fragiliser l’équilibre de l’offre et de la demande.

Les perspectives de rebond sont plus incertaines que la filière laitière. Si les éleveurs les plus ancrés vont sans doute s’adapter à ces mutations (une fois de plus), grâce à un faible taux d’investissement engagé et donc à des réserves financières plus larges, les plus jeunes, eux, risquent de renoncer. La problématique du coût de la nourriture pour le bétail est le point d’achoppement de l’avenir de ces jeunes éleveurs. Plus que jamais le système doit être revu pour que les producteurs soient moins sujets aux aléas du marché céréalier.

L’avenir noir de la filière porcine :

Le vrai point noir de l’agriculture française à venir est la filière porcine. Elle cumule en effet de très nombreux handicaps. Mais la France n’est pas la seule à être dans l’oeil du cyclone.

Le modèle de la filière porcine s’effondre sur lui-même. Conçu, lorsque nous importions 20% de notre consommation, nous exportons aujourd’hui 5 à 6 % de notre production, ce qui représente des volumes très faibles. La place française des échanges est tenue par de petites structures d’abattages et de transformations qui se combattent, et sont obsolètes. De plus, le volume d’affaire des éleveurs n’est pas soutenu par des contrats contrairement à la production avicole.

L’absence d’harmonisation européenne, souvent montrée du doigt, se révèle être une arme à double tranchant. En effet sur le plan social et fiscal, l’absence d’harmonisation nous est préjudiciable, mais a contrario sur le plan environnemental et du contrôle de la qualité, la France a le leadership.

Comme pour la filière bovine, l’impact le plus fort pour le monde porcin est le coût de l’alimentation. La seule perspective positive appartient à ceux qui ne sont pas dépendants des marchés pour l’alimentation du bétail. Un producteur qui travaille avec de l’aliment du commerce dépense plus de 60% pour ce poste.

  La seule vraie réponse à la crise agricole sans cesse reconduite est la rénovation de son modèle économique. Il y a nécessité de protéger l’élevage de l’évolution à la hausse du marché céréalier. Les mesures prises par la France d’une hausse artificielle et provisoire des prix sont une bonne solution à court terme, mais peuvent se révéler à plus long terme, une catastrophe.

Mais ces politiques à la marge, ne permettent pas une remise à neuf du système de production, qui serait nécessaire pour éviter la disparition d’exploitations et la destruction d’emploi qui les accompagnera inévitablement. Malheureusement les actions actuelles, loin d’apporter le soutien nécessaire face aux vraies difficultés, laissent un goût amère à ceux touchés par celles-ci, au travers des dégradations qui les illustrent.

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