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Le congrès d'Epinay et la reconquête

En 1969, au congrès d'Alfortville, la SFIO a subi un profond renouvellement, devenant le « Nouveau Parti socialiste » (NPS) et adoptant pour symbole le poing et la rose. Guy Mollet, secrétaire général depuis 1946, a alors laissé le poste à Alain Savary.

Le congrès d'Épinay, en 1971, marque l'étape la plus importante de l'unité et de la rénovation du socialisme. Le PS fusionne avec la CIR et une partie du "courant chrétien". Le congrès d'Épinay, officiellement congrès d'unification des socialistes, a lieu du 11 au 13 juin 1971 au gymnase Léo-Lagrange à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) . Il est l'occasion d'un large regroupement de la famille socialiste, à l'exception du PSU : s'intègrent au Parti socialiste la Convention des institutions républicaines (CIR), regroupement de clubs (Club des Jacobins, Démocratie et Université, etc.) présidé par François Mitterrand et un nombre non négligeable des militants issus du « courant chrétien », notamment de la CFDT). Les délégués sont au nombre de 957, dont 800 socialistes et 97 conventionnels.

Déroulement du congrès :

Samedi 12 juin:

Pierre Joxe présente le rapport de la commission des structures, chargée de rédiger les statuts du parti, qui a choisi le nom « Parti Socialiste » (22 voix sur 34, 11 voix pour « nouveau parti socialiste »). L’article 2 entérine l'adhésion à l'Internationale socialiste comme proposé par Robert Verdier. Les débats sont vifs quant au mode de désignation des membres du comité directeur, décisif pour le contrôle du nouveau parti.

La commission dirigée par Pierre Joxe propose de conserver le « statu quo majoritaire » (élection à la majorité et garantie de représentation des minorités), système adopté par la SFIO depuis 1963 et conservé par le nouveau PS en 1969.

la majorité sortante (Savary-Mollet) propose d’appliquer la proportionnelle intégrale dès lors qu’une des motions en présence obtient la majorité (ce n’est pas le cas à Épinay) et, dans le cas contraire, une proportionnelle aménagée : la motion arrivée en tête obtient dans un premier temps ce que lui donnerait la proportionnelle intégrale, les autres motions dépassant le seuil de 10 ou 15 % (seuil laissé en suspens) se voyant attribuer les 3/4 des places que leur auraient données la proportionnelle, le reste allant à la motion arrivée en tête.

Le CERES défend la proportionnelle au vote indicatif avec barre à 5 %.

Le vote a lieu après débat entre scrutin majoritaire et la proposition du CERES, cette dernière l'emportant (et étant toujours en vigueur). Ce premier vote est aussi un premier revers pour la direction Savary.

Dimanche 13 juin

Sous la présidence de Georges Fillioud, les ténors font leur intervention pour clore le débat d'orientation : Pierre Mauroy, François Mitterrand, Guy Mollet, Georges Sarre, Robert Buron. Les votes interviennent ensuite. Selon les statuts justes adoptés, l'élection des membres du comité directeur à la proportionnelle donne la victoire à l'alliance entre les motions R, L et P (Mauroy, Mitterrand et CERES) par 51,26 % des mandats contre 48,73 % et fait de facto de Mitterrand le premier secrétaire du PS. Le débat s'est focalisé sur la question de l'alliance éventuelle avec le Parti communiste français. La première coalition prônait un accord avec le PCF reposant sur l'élaboration d'un programme de gouvernement, alors que la seconde posait en préalable l'instauration d'un dialogue idéologique avec lui. Le congrès mandate sa nouvelle direction pour préparer un accord de gouvernement avec le PCF.

Jean-Pierre Chevènement dit:

« Le coup passa très près : le texte Mitterrand obtenait 43 926 voix et celui d’Alain Savary 41 757. Il y avait 3 925 abstentions et 1 028 absents. Il est clair que la fraction la plus anticommuniste du parti s’était finalement dérobée, refusant de voter un texte si manifestement contraire à sa pensée. Il eût suffi de peu de choses, au total, pour inverser le résultat ! »

Résultats des motions:
Motion O (Alain Savary et Guy Mollet) : 34,00 %
Motion R (Pierre Mauroy et Gaston Defferre) : 30,00 %
Motion L (François Mitterrand) : 15,00 %
Motion M (Jean Poperen) : 12,00 %
Motion P (Jean-Pierre Chevènement) : 8,50 %
Motion K (Objectif 72 - "chrétiens de gauche") : 0,50 %

Les motions de Mauroy, Defferre, Mitterrand et Chevènement (49,10 %) ont formé une majorité face à celles de Savary, Poperen et Mollet (46,60 %).

Le congrès d'Épinay élit François Mitterrand comme premier secrétaire du nouveau parti, avec le mandat de préparer les bases d'un accord de gouvernement avec le Parti communiste français ; cet objectif sera atteint dès 1972, avec le Programme commun de gouvernement d'union de la gauche, signé entre le PS, le PCF et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), de Robert Fabre.

Il apparaît dès lors comme son candidat naturel à la prochaine élection présidentielle.

Pierre Mauroy devient secrétaire à la coordination, c'est-à-dire numéro 2 officieux du parti. Celui-ci dira par la suite : « Seul le CERES votera contre moi, signifiant déjà son ambition.»

L’après congrès d’Epinay, la reconquête en marche :

En mars 1972, le congrès de Suresnes adopte le programme "changer la vie". En juin, le programme commun est signé avec le PCF et contresigné par les radicaux de gauche peu après.

En mars 1973, les élections donnent plus de 48 % des voix à la gauche et le PS rattrape le PCF pour la première fois de l'après-guerre.

En 1974, après la mort de Georges Pompidou, François Mitterrand est à nouveau le candidat unique de la gauche. Il échoue de peu face à Valéry Giscard d'Estaing (49,2 % des voix au second tour) et ce résultat marque la progression des socialistes et de la gauche dans le pays.

Cette dynamique précipite le rassemblement des courants socialistes, qui se concrétise aux "Assises du socialisme", en octobre 1974, avec l'entrée d'une partie du PSU (Michel Rocard, Robert Chapuis), de membres de la CFDT (Jacques Chérèque, Jacques Delors) et de la 3e composante (Vie nouvelle, groupes d'action municipale, objectif socialiste...) qui rejoignent, pour l'essentiel, la majorité du parti.

Au congrès de Pau, en 1975, le CERES de Jean-Pierre Chevènement cesse de faire partie de la majorité du parti et constitue désormais la minorité.

Les élections cantonales de 1976 et 1979, ainsi que les élections municipales de 1977, sont un succès pour la gauche et surtout pour les socialistes, qui devancent nettement les communistes.

Toutefois les élections législatives de 1978, pourtant annoncées prometteuses, marquent un coup d’arrêt qui sera de courte durée. Mais elles mettent en lumière l’existence d’une autre vision à l’intérieur de parti socialiste autour de Michel Rocard. Le courant rocardien au sein du Parti socialiste se construit autour d’une tendance décentralisatrice (congrès de Nantes, 1977), puis ouvertement hostile aux nationalisations intégrales (à 100 %) préparées par les mitterrandistes (congrès de Metz, 1979). En novembre 1979, durant le procès des membres du FLB (Front de libération de la Bretagne), en faveur desquels il témoigne, il réaffirme ses appels à la décentralisation : « Je sens profondément que ce mouvement centralisateur, commencé par Philippe le Bel, doit s'arrêter ». Michel Rocard, dont la cote a toujours été élevée dans les sondages, et figure parmi les probables présidentiables depuis le revers de 1978, et devient ainsi une figure incontournable du paysage politique français. S’opposant aux « nationalisations à outrance » et en acceptant l’économie de marché, le rocardisme se retrouve à l’opposé des positions défendues par le Parti communiste dans les négociations du Programme commun. Les rocardiens se réclament souvent de la pensée de Pierre Mendès France lorsqu’ils prônent une politique économique « réaliste » et une culture de gouvernement.

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Michel Rocard
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Article sur François Mitterrand

François Mitterrand

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Article sur Jean Poperen

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Article sur Jean-Pierre Chevènement

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